L'ipad ouvre l'ère post-informatique |
Le folklore a été respecté. Devant les magasins de grandes villes américaines, les files d’attente se sont formées au milieu de la nuit.
Lors de la présentation officielle de la tablette fin janvier, il avait tout simplement comparé l’iPad … aux tables de la loi de Moïse.
Une manière de marquer que sa tablette n’est pas, à la différence des prédécesseurs, le dérivé d’un micro-ordinateur, mais bien un objet différent, post-informatique. Tout pour l’utilisateur
La rupture n’est pas tant dans l’objet, mais dans son usage et sa cible. Car si l’iPad embarque tous les composants d’un ordinateur mobile multimédia, il n’en n’est pas un. « C’est un produit grand public, presque un Minitel de la culture », analyse Jean-Louis Frechin. Signal fort, dès 2007, Apple avait retiré le mot « computer » de son nom.
L’iPad inaugure la fin officielle de l’informatique pour introduire vraiment la vie numérique ». De machine à écrire, est trop complexe à utiliser, « notamment pour les 15 à 20 % des personnes qui ont des problèmes de lecture », observe Bernard Benhamou. La logique, qui a dominé l’informatique jusqu'à maintenant, consiste à compacter le maximum de fonctions dans les logiciels, alors que les utilisateurs n’en exploitent qu’une infime partie. Elle a atteint aujourd’hui ses limites. L’iPad, lui, privilégié la simplicité et l’usage. «Apple met en avant l’expérience utilisateur, pas la performance technique.
En clair, y a-t-il une possiblité de détourner l’objet de ses fonctions de consommation multimédia initiales ? Ses détracteurs lui reprochent aussi de laisser peu de place à la créativité et d’inviter uniquement à entrer dans un monde de consommation, indifférent aux problèmes de société et d’environnement. L’iPad, en effet, ne brille pas par son éco-conception. Pour changer la batterie, il faut renvoyer l’appareil à son constructeur, pour un échange standard ! Des choix techniques structurants
C’est qu’il estimait les technologies insuffisantes. La généralisation des réseaux Wi-fi et 3G venant parachever la maturité technique de l’objet lui-même. « Apple réplique la méthode industrielle qu’il a rodée sur l’iPod et l’iPhone, explique le consultant Olivier Ezratty, en convenant un modèle qui gomme les défauts ou les manques des produits concurrents déjà commercialisés. »
La batterie peut rester légère tout en offrant une bonne autonomie. On retrouve également l’accéléromètre, la boussole et le GPS, pour respectivement le basculement automatique de l’écran, le pilotage de jeux ou les applications de géolocalisation. L’écran de 9.7 pouces (24.6 centimètres) avec une résolution de 1024 sur 768 points utilise la meilleure des technologies LCD disponibles. C’est parfait pour tous les usages… sauf pour la lecture. Le stockage est, lui, assuré par de la mémoire flash, plus légère et plus économe en énergie qu’un disque dur classique. Au bout du compte, des choix qui aboutissent à une machine légère (680 grammes ou 730 grammes avec l’option 3G) et fine (1.34 centimètre). Mais aussi fermée, on l’a vu. L’absence de connecteur USB est vraiment agaçante pour les habitués de l’informatique et complique l’échange de gros fichiers. Tout comme celle d’un décodeur pour le format Flash, très répandu sur Internet pour les animations. Des choix qui simplifient effectivement l’usage, mais qui guident les pas des utilisateurs vers l’App Store, la boutique en ligne. Enfin, le système d’exploitation monotâche déroutera les utilisateurs d’ordinateurs. Un défaut qui sera réglé à l’automne avec l’arrivée d’une nouvelle version du système d’exploitation. Un modèle économique à définir
Un point critique pou en vendre de grandes quantités. Les opérateurs semblent en effet perplexes. Tout d’abord, parce que les deux services les plus lucratifs pour eux ‘voix et SMS) sont absents de l’iPad. « Cet appareil est le précurseur d’un nouveau modèle économique entre les opérateurs et les autres acteurs de la chaîne de valeur. Ils vont en effet devoir subventionner de plus en plus d’appareils connectés qui ne sont pas des téléphones », décrypte Thomas Husson, analyste au cabinet Forrester. Ensuite, parce qu’ils jugent le modèle économique défavorable. Ils craignent en effet que l’iPad avec ses nombreuses applications vidéo ne viennent saturer davantage leurs réseaux. Car si les opérateurs profitent de l’explosion du trafic des données en termes de revenus (3.1 milliards d’euros en 2008 en France, en hausse de 27 %), la croissance des besoins de capacité implique qu’ils doivent dépenser toujours plus pour adapter leurs infrastructures. Des investissements plus coûteux que les revenus générés. Selon eux, le partage de valeur n’est pas au rendez-vous. Alors qu’Apple conserve 30 % des recettes par application payante téléchargée sur iPhone pour en reverser 70 % aux développeurs, les opérateurs ne touchent pas un centime. S’ils se mettaient tous d’accord, ils pourraient refuser de subventionner la tablette. Mais ils veulent tous être le partenaire privilégié de l’américain. » En attendant la multiplication des tablettes qui aideront à créer un véritable marché concurentiel. Source "L'usine Nouvelle" Semaine du 15 au 21 avril RETOUR VERS TOUTES LES ACTUALITES
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