Musique : Les sites de streming menacés
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Musique : Les sites de streming menacés

Plébiscités par les consommateurs, les sites d’écoute comme Deezer et Spotify ne génèrent pas encore assez de revenus pour payer les avances réclamées par les majors pour céder les droits de leurs catalogues.


La semaine dernière, Apple a franchi le cap des 10 milliards de morceaux vendus sur sa plate-forme de téléchargement  i Tunes.
En dix ans, la firme s’est imposée comme le champion incontesté du téléchargement légal de musique dans le monde.
Ce dernier prend enfin le relais sur des ventes de CD en chute libre. En 2009, les ventes numériques ont représenté près d’un tiers du Chiffre d’affaires mondial de l’industrie du disque, selon la Fédération Internationale de l’industrie phonographique (IFPI).
Mais, depuis deux ans, les consommateurs ont encore changé d’habitude. Ils se passionnent pour les sites d’écoute crées par de nouveaux venus Spotify, Deezer, Jiwa ou Grooveshark. Souvent gratuits et financés par la publicité, ces sites permettent d'écouter en ligne la musique de son choix comme une radio à la demande. Ces services représentent pour l’heure 5 % des revenus de la musique numérique dans le monde (et déjà 11.6 % en France).
Ils sont présentés comme l’avenir dans un monde où on payerait  pour un « accès illimité » et non plus la propriété de fichiers.
Mais l’industrie musicale s’impatiente de voir émerger un acteur de la puissance d’Apple sur ce segment et veut mettre au pas les jeunes pousses. Edgard Bronfman Jr, président de Warner Music Group, a lancé la bataille en indiquant ne plus vouloir céder les droits de ses catalogues à des sites d’écoute, qu’il soupçonne de cannibaliser le marché du téléchargement.
Fin janvier, Pascal Nègre, président d’Universal Music France, déclarait au Midem : « Si une plate-forme n’est pas sûre de générer au moins 20 000 euros par mois, qu’elle ne se lance pas, elle va perdre de l’argent. »
Pour évincer les aventuriers qui n’ont pas les reins assez solides, les majors exigent un ticket d’entrée de 2.5 à 3 millions d’euros pour disposer des droits au niveau européen. En effet, pour obtenir le catalogue d’un major, un site doit verser une avance.
Il s’agit en moyenne, par major, de 250 000 euros pour le territoire français et entre 400 000 et 600 000 euros pour une exploitation européene.

On arrive à 2.5 à 3 millions en ajoutant les labels indépendants et les droits pour le mobile. Une fois que le site a payé le droit d’exister, il doit s’engager à reverser une partie de ses recettes mensuelles aux labels. Le tarif est fixé entre 1 et 1.5 centime d’euro par titre joué.
Si un même internaute écoute plus de 5 fois un titre, certains majors augmentent même leur tarif, estimant que ce contenu a plus de valeur pour l’internaute.

Comme les sites de streaming n’ont pas encore de recettes suffisantes, ce sont leurs actionnaires qui sont obligés de remettre au pot pour honorer ces engagements. Ainsi Deezer a levé 12 millions d’euros et Spotify plus de 50 millions.
Il faut donc avoir la force de frappe d’un Apple ou d’un orange pour exister durablement. Précisément, ces opérateurs ambitionnent de s’acaparer le marché des sites d’écoute avec l’intention de les transformer en services sur abonnement.
Apple a pour cela racheté en décembre le site d’écoute Lala.com. Le marché guette aussi l’arrivée prochaine de Lagardère Active sur le segment.
Seule solution pour surnager, Spotify, fort de 7 millions d’utilisateurs en Europe dont 250 000 abonnés payants, compte transformer l’essai avec un lancement aux Etats-Unis dans les prochaines semaines.

Source "Le Figaro" 4 Mars 2010 


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